Défi du 1% no. 8 : C’est à moi que tu parles ?

Vous avez eu une idée géniale pour un projet, vous y réfléchissez pendant quelque temps, et vous décidez d’en parler à une autre personne. Au moment d’exprimer votre idée, vous cherchez vos mots et la personne à qui vous en parlez ne vous comprend pas. Vous réalisez alors que votre idée n’était pas si claire que ça.

Ça vous dit quelque chose ?

Le même phénomène m’arrive quotidiennement lorsque j’écris des articles de blogue comme celui-ci, un texte pour mes étudiants ou encore un courriel délicat. J’écris, je reformule, je relis, je reformule, je déplace une virgule, je dors là-dessus, je reprends le texte le lendemain et je remets la virgule à son endroit de départ (soupir).

Qu’on soit en train d’écrire un texte ou de parler d’un projet, la transmission de nos idées implique de mettre en mots — et en ordre — plusieurs idées qui « flottent » dans notre tête, et qui nous semblent claires puisqu’elles peuvent flotter sans problèmes dans notre esprit. L’effort d’exprimer ces idées sous forme de mots, d’établir une séquence et de les hiérarchiser constitue un défi, mais relever ce défi est très utile pour les clarifier du même coup. À ce sujet, je doute de la citation vue fréquemment qui dit quelque chose comme « une idée claire s’exprime facilement ». Je préfère de loin « Exprime tes idées pour te forcer à les clarifier ».

Lorsqu’on répète, on a plusieurs idées ou plusieurs remarques qui nous passent par la tête, mais on n’a pas nécessairement à les exprimer à haute voix. Cependant, lorsqu’on enseigne et qu’on écoute notre élève, on a aussi plusieurs idées qui nous passent par la tête, mais on doit choisir ce dont on va parler ensuite parmi toutes ces idées. En tant qu’enseignant ou enseignante, on doit faire l’effort d’exprimer clairement nos idées alors que l’interprète n’a pas à le faire. Or, faire cet effort sera aussi très utile pour l’interprète pendant le travail instrumental. En s’exprimant à haute voix entre ses essais, l’interprète fait ce qu’on appelle de l’autodidaxie (se parler à soi-même).

Ce n’est pas la stratégie préférée de personne à qui j’en ai parlé jusqu’à maintenant ! On sait tous ce qu’on pense malheureusement des gens qui font de l’autodidaxie dans l’autobus ou en marchant sur la rue. Pourtant, faire ceci entre nos répétitions aurait des effets bénéfiques pour l’apprenant.

De façon plus précise, l’autodidaxie peut consister en a) formuler à haute voix des commentaires sur le jeu, b) énoncer à haute voix les étapes importantes pour réussir quelque chose ou c) se rappeler les éléments importants sur lesquels on doit se concentrer. Ceci peut vous faire penser à ce qu’un enseignant ou une enseignante dit pendant une leçon instrumentale, et c’est tout à fait ça. Faire de l’autodidaxie veut dire s’autoenseigner.

Cette autodidaxie offre plusieurs bénéfices pour l’apprenant(e). D’abord, elle permet de maintenir la concentration. En effet, le fait de devoir verbaliser des pensées à haute voix ne permet pas à l’esprit de s’égarer pendant le travail. Puis, elle permet de maintenir une certaine motivation en se formulant à haute voix des commentaires d’encouragement (« Super ! », « Enfin, je l’ai eu ! »). Finalement, comme je l’ai écrit plus haut, le fait de devoir verbaliser des idées oblige à choisir laquelle est la plus importante parmi celles qui « flottent » dans notre esprit. À ce sujet, ne tombez justement pas dans le piège de vous dire « Oui, mais moi je me le dis dans ma tête ».

Petite mise en garde, si vous entendez un musicien répéter et vous entendez soudainement %$ »/$/ » de « /% »/ ! »$ de ?%$%?$//, je vais te/R%/%/ »$$, oui, c’est de l’autodidaxie… En revanche, l’autodidaxie, tout comme l’enseignement, est efficace quand les commentaires formulés sont constructifs ou encourageants.

Pour faire de l’autodidaxie, vous pouvez répondre à deux questions très simples entre chaque essai :

  1. Qu’est-ce que je pense de ce que je viens de jouer ?
  2. Qu’est-ce que je devrais faire maintenant ?

Exemples : « La basse sonnait bien (1), maintenant je vais me concentrer sur la mélodie (2) » ; « Il me semble que mes épaules sont tendues (1), je vais le refaire plus lentement en me concentrant là-dessus (2) » ; « Super ! Je l’ai vraiment bien réussi ! (1) Maintenant, je vais essayer de le réussir encore 2 autres fois avant de passer à la mesure suivante (2) ».

Si ceci vous gêne, l’autodidaxie peut se faire à voix très basse ou en chuchotant !

Comme des psychologues le disaient à la blague au début de la pandémie : « Si vous parlez à vos murs, ce n’est pas grave. Appelez-nous s’ils vous répondent ».

2 réflexions sur “Défi du 1% no. 8 : C’est à moi que tu parles ?

Répondre à Richard Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s